Elève en difficulté d'apprentissage

# 01/12/2014 à 12:32 Visiteur diurne

Les difficultés d'apprentissage des 15 % d'élèves qui n'arrivent pas à accéder à la maîtrise des savoirs fondamentaux relèvent d'une logique que nous refusons de prendre en compte, celle de la peur d'apprendre et de sa conséquence majeure : l'empêchement de penser.

Ces enfants intelligents inventent en effet des moyens pour figer leurs processus depensée. Cette stratégie leur permet d'échapper aux inquiétudes et aux frustrations que provoque chez eux l'apprentissage.
Pourquoi la pédagogie ne se sert-elle pas davantage de la culture et du langage, les deux outils les plus efficaces qu'elle porte déjà en elle, pour répondre à ce défi de l'empêchement de penser ?

Le nourrissage culturel intensif et l'entraînement quotidien à débattre permettent de lutter efficacement contre l'échec scolaire, tout en stimulant l'intérêt et la participation des meilleurs élèves.
N'ayons plus peur de la classe hétérogène. C'est sur elle que repose l'espoir de remonter le niveau de notre école. »

Interview de Serge Boimare, directeur du CMP,Psychopédagogue directeur du Centre Médico- Psychopédagogique Claude Bernard

# 01/12/2014 à 12:36 Visiteur diurne

A méditer

Qu'est-ce que l'empêchement de penser et quel pourcentage d'enfants sont concernés par ce problème ?
L'empêchement de penser est la cause majeure de l'échec scolaire. Il touche environ 15 % d'élèves de notre École.
Ce qui caractérise ces enfants, c'est de ne pas pouvoir affronter le doute qui est quand même le moment clé de l'apprentissage, sans déclencher du même coup des sentiments parasites.
En fait, dès qu'ils font un retour à eux-mêmes pour chercher, dès qu'ils veulent s'appuyer sur leur monde intérieur (afin de rassembler les représentations nécessaires pour répondre), ils réactivent des émotions excessives, ils réveillent des peurs infantiles, ils font flamber des idées d'autodévalorisation. Ces intrusions bien entendu gênent le fonctionnement intellectuel, diminuent leur estime d'eux-mêmes, parasitent le comportement et sont à la source de nombreux dérèglements que nous allons prendre à tort pour les causes de l'échec scolaire.
Le plus grave, c'est qu'au fil des années pour ne plus connaître ces dérèglements, ces enfants inventent des stratégies pour éviter ou pour contourner le temps de la réflexion, qui sont autant de stratégies anti-apprentissage et qui vont en faire des intouchables pour nos professeurs de collège.
Ce phénomène explique pourquoi notre pédagogie bute depuis toujours sur un noyau dur de 15 % d'élèves réputés inaccessibles.

Comment peut-on repérer les enfants empêchés de penser ?
Trois signaux doivent nous alerter :
- le premier signal, c'est une difficulté persistante malgré l'aide personnalisée, c'est-à-dire que même dans des conditions pour apprendre les plus favorables, seul ou en petits groupes, où l'on pense à remettre en confiance et à entraîner plus en reprenant les bases, les difficultés persistent et bien souvent la relation pédagogique se transforme en bras de fer ;
- le deuxième signal c'est un comportement qui perturbe la situation d'apprentissage. Avec une particularité qui signe l'empêchement de penser : le relais passé au corps dès qu'il y a nécessité de chercher et de réfléchir, l'agitation, l'instabilité arrive en tête de ce hit-parade des troubles. Mais il faut aussi faire une place particulière à l'endormissement sous toutes ses formes et aux troubles somatiques : maux de tête, de ventre, nausée, crampes...
- le troisième signal, c'est l'arrivée rapide d'idées d'autodévalorisation qui paralysent le fonctionnement intellectuel dès qu'il ya confrontation avec un problème à résoudre. On entend alors ces enfants dire : « j'peux pas, j'y arrive pas, c'est pas pour moi, c'est trop dur... »
Il est à noter que l'autodévalorisation se transforme chez certains en idée de persécution, cette fois c'est le cadre et les professeurs qui sont remis en cause.
Lorsque ces trois signes sont repérés chez le même enfant, incontestablement nous sommes devant l'empêchement de penser.

Quelles solutions l'école peut-elle proposer pour ces enfants ?
Surtout ne pas croire que ce problème va se résoudre avec des cours supplémentaires. La lutte contre cette forme d'échec scolaire repose sur une pédagogie qui ambitionne avant tout de relancer l'activité de penser. Ce travail se fait sur la durée au fil des années en utilisant deux leviers :
- le premier levier consiste à relier la présentation des savoirs fondamentaux à un apport culturel intensif, fait sous forme de lecture à haute voix par l'enseignant. D'abord parce que c'est la meilleure chance de retrouver l'intérêt de ces enfants pour la connaissance.
Ensuite parce que c'est ce qui va leur permettre de sécuriser et d'enrichir leur monde intérieur et leurs représentations ;
- le second levier, c'est un entraînement quotidien à parler dans le but essentiel d'aider ces enfants à affronter le doute grâce à des échanges avec les autres qui les poussent à débattre et à argumenter sur des questions et des thèmes en lien avec l'apport culturel.
Pour moi, les enseignants ne peuvent miser que sur ces deux outils que sont le langage et la culture dans une utilisation quotidienne pour espérer redonner du sens aux savoirs fondamentaux, quand ils s'adressent aux enfants empêchés de penser, dans une classe où il y a aussi de bons élèves.

© DUNOD EDITEUR, 26 Septembre 2008

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