L'objectivité supposée de l'historien

# 12/10/2013 à 13:04 L'Ancien

Un historien peut-il informer de faits d'histoire sans réellement prendre parti?
Pour ma part, je considère qu'il est franchement inepte d'affirmer que l'historien puisse informer de façon objective sauf si on relativise la chose jusqu'à reconnaître qu' "il s'efforce de paraître comme tel."

# 12/10/2013 à 13:11 L'Ancien

Sans doute l'objectivité de l'histoire supposerait-elle l'impartialité absolue de l'historien si on comprenait cette objectivité même à l'aune de l'activité scientifique. Or il est essentiel ici de ne pas perdre de vue l'opposition posée par Dilthey entre les faits de la nature que nous expliquons et la vie de l'esprit que nous comprenons. Ce qu'il y a d'objectif dans l'histoire, ce sont les faits, les dates et c'est cette objectivité du matériel historique que la méthode de l'historien doit garantir. Mais ce matériel historique n'est pas encore l'histoire elle-même : l'historien ne peut pas se contenter de collecter des dates, d'authentifier des documents et de vérifier l'exactitude des faits rapportés : ceci constitue le point de départ de son travail et non sa conclusion. Son but en effet, ce n'est pas d'établir une chronologie des faits, mais de tenter de ressaisir un sens. Davantage même : il n'y a pas de « faits » en histoire ; plus qu'à des faits, l'historien s'intéresse à des événements, à des situations, à des actions humaines à chaque fois porteuses d'une signification dans la mesure où s'y s'expriment des désirs et des intentions humaines.
Ainsi donc, l'histoire n'est jamais un simple constat, et l'historien, jamais un simple spectateur impartial : il s'agit de comprendre le sens du passé pour éclairer celui du présent et en retour éclairer le passé depuis notre présent. Il y a par conséquent dans toute situation historique un enjeu dramatique de sens : l'historien doit produire cette intelligibilité et il ne le peut que par un récit, une mise en intrigue qui constitue l'événement en lui conférant une signification. L'objectivité en histoire n'a donc pas le même sens que dans les sciences de la nature pour la simple et bonne raison que leurs objets respectifs n'ont rien à voir. Il ne s'agit pas alors de dénier à l'histoire toute prétention à l'objectivité, mais d'admettre que la physique n'est pas le seul modèle de l'objectivité possible. Tenter, à partir du présent, de ressaisir interprétativement un sens passé et corriger les erreurs des interprétations présentes au fur et à mesure que le passé se découvre en son sens, voilà l'exigence en histoire : l'objectivité y est et demeure un but à atteindre mais qui n'est jamais atteint, un idéal vers lequel le travail d'élaboration tend de façon tangentielle et qui ne doit pas amener à considérer le passé comme une matière morte auquel l'historien devrait se rapporter sans jamais la ramener au présent.

Source : http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/philosophie-terminale

# 12/10/2013 à 13:14 Mirage

L’histoire est une connaissance et un récit des événements du passé (relatifs à l’évolution de l’humanité) jugés dignes de mémoire. Ainsi l’historien doit étudier des faits, des événements du passé et faire, en quelque sorte, un rapport écrit, un récit regroupant ses analyses et ce qu’il a compris de ces événements. En fait, l’historien doit être objectif dans ses récits. Il n’a pas à donner son opinion dans un récit, même s’il souhaite donner un sens à l’histoire. Mais l’historien a-t-il la capacité d’être objectif ? Autrement dit, peut-il rester neutre dans ses récits par rapport à tel ou tel fait ou par rapport à ses propres convictions ? Peut-il se détacher des déterminations de la société dans laquelle il vit, et dont il n’a pas nécessairement conscience ? L’exigence d’objectivité (qui a donné et donne encore de grands progrès vers l’objectivité : évolution de l’écriture, des méthodes d’investigation, de l’attention portée aux documents et à leur validité) est-elle suffisante ? Ne peut-on pas poser des limites à l’exigence d’objectivité (qui seraient les limites, non de l’honnêteté, mais bien plutôt de la lucidité de l’historien) ? L’objectivité elle-même, comme exigence prise au pied de la lettre, n’est-elle pas quelque peu "datée", voire suspecte ? Faut-il penser l’objectivité comme provisoire, comme une chose qui ne peut être évaluée qu’en référence aux possibilités matérielles et intellectuelles offertes à l’historien par une société ? L’objectivité ne suppose-t-elle pas que les faits du passé sont des objets parfaitement définis, alors que les éléments pertinents pour l’analyse historique évoluent ?

Source : http://www.livreetclic.com/philo/se_affich.php?id=6478¬ion=

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