Animaux en péril

Il y a quelques années, au zoo de Berlin, un oiseau  tropical, qui était  seul dans une cage, s’était élancé vers nous. Il avait cueilli un brin de paille par terre, puis me l’avait tendu à travers le grillage. J’avais pris la paille, et aussitôt l’oiseau  avait porté  au grillage des coups  de bec furieux qui voulaient exactement dire : « Je n’en puis plus,  au secours !  sortez-moi  de là.»  J’offris alors  une autre  brindille à l’oiseau,  il la jeta, alla cueillir encore une  paille qu’il  me tendit à nouveau, et une  seconde fois, sitôt  son cadeau fait, cogna  comme un fou le grillage. Est-ce possible qu’il m’ait offert un cadeau pour que je lui rende service ? Avait-il compris que je pouvais le comprendre et comprendre sa soif de liberté ? Ce qu’il n’avait pas compris, c’est que je ne pouvais rien pour lui.
Nous nous émerveillons tellement de tous ces animaux que nous oublions que le zoo est avant tout une prison.

Edgar MORIN, Journal de Californie (Le Seuil, éd.)

 

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