C'est en écrivant qu'on apprend à écrire

De mes observations personnelles, je déduirai déjà ceci : qu'on peut fort bien écrire correctement sinon académiquement, sans connaître les règles de grammaire. Il suffit pour cela d'avoir senti la nécessité de quelques principes essentiels et surtout d'avoir, par de nombreux exercices, assoupli notre plume comme nous avons, au cours de nos premières années, assoupli notre langue au contact familial.

Mais en fait d'exercices, nous n'avons que faire de ces "devoirs" dont sont bourrés nos manuels. Les seuls exercices que nous préconisions et que nous acceptions, sont ceux que suscite et motive la vie, ceux qui répondent aux besoins d'activité, d'expansion et de perfectionnement des enfants.

Et, comme préface au cours le grammaire annoncé, nous poserons seulement aujourd'hui le premier, le grand principe : le principal devoir de grammaire française et le plus profitable est la rédaction : individuelle, par groupes, ou en collaboration avec le maître, pourvu que cette rédaction ne soit pas un devoir, mais bien l'expression d’une pensée qui a besoin de jaillir.

C'est en écrivant et en lisant qu'on apprend à écrire et à lire (écrire signifie ici rédiger). Qu’importe si le jeune enfant ne distingue pas le nom du verbe, si les grands élèves confondent article, proposition, adverbe. Rien ne presse...

En ce début d'année vivez avec vos élèves, aidez-les à s'exprimer et à s'épanouir, en vous appuyant sur les motivations que nous avons suscitées : imprimerie, échanges scolaires, manuscrits ou imprimés, vie sociale de la classe. Ce travail sera cent fois plus profitable que tous les exercices de grammaire.

Au Cours Élémentaire et au Cours Moyen cependant, si vous voulez faire un peu de grammaire formelle, car il faut penser aussi, nous le savons, aux inspections et aux examens, donnez à conjuguer aux temps usuels (indicatif présent, imparfait, passé composé. futur, conditionnel, impératif) quelques verbes et expressions tirés du texte journalier. Le verbe, surtout en français, a des formes tellement variables et baroques qu’il n'est pas inutile pour l'orthographe en particulier, d'en montrer toute l'année les difficultés. Mais que ce travail n'ait jamais la forme d'une conjugaison morte : qu'il soit toujours basé sur l'intérêt du jour et se présente à l'esprit de l'enfant comme une nécessité.

A tous les cours, et dès le début de l'année, il est naturel pendant la mise au point des textes à imprimer, d'attirer l'attention des enfants sur les formes grammaticales qui s’apprendront sans ennui ni dogmatisme. Il sera facile déjà de montrer ainsi activement à différencier le nom, le verbe et les adjectifs.

Les exercices de vocabulaire, que nous appelons chasse aux mots, seront avec profit, pendant ce temps, employés à approfondir l'orthographe de certains mots à structure difficile, qu'on sent mal précisés dans l'esprit des enfants : noms en ou, oin, an, ent, ert, air, er, etc. selon les classes. On laissera à cette chasse aux mots son caractère de recherche collective et active, sans l'éprouver ni le sanctionner par quelque devoir traditionnel (1).

Les véritables exercices de vocabulaire doivent rester, à notre avis, le constant travail de recherche, de construction et de rédaction qui doit être une des activités vitales de notre classe.


Ne croyez pas que ce soient là conseils donnés à la légère, après des constatations discutables. Nous montrerons, tout en continuant notre cours, comment des grammairiens, Ferdinand Brunot, A. Fontaine, Ch. Bally, etc. partis de la science linguistique, aboutissent à peu près aux mêmes recommandations si ce n'est que, ignorant encore la technique d'imprimerie à l'école, ils ont cherché en vain une méthode qui, sans se perdre dans le labyrinthe scolastique, sauvegarde cependant l'avenir et la pureté de la langue.

Monsieur A. Fontaine, du moins, sentait que nous apporterions à ce problème une solution nouvelle et il nous y encourageait personnellement au début de nos recherches en souhaitant que nous établissions sous peu les quelques règles simples qui, reliées à la pratique de la langue, constitueraient le véritable enseignement grammatical à l'école primaire.

C’est ce que nous essayons de faire.

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