France : violence à l'école

Article proposé par notre ami(e) Kouka

Violence à l'école, un moyen ordinaire d'exprimer ses frustrations

La violence à l'école n'est souvent qu'un moyen ordinaire d'exprimer leurs frustrations et de régler leurs comptes pour des adolescents n'ayant pas appris à maîtriser leurs pulsions, soulignent des sociologues après les incidents survenus dans différents lycées de la banlieue parisienne.

"Ce qui se passe dans les établissements scolaires reflète ce qui se passe dans les quartiers aux alentours", commente Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à l'université Paris IV Sorbonne.

"Il y a une violence externe qui se propage à l'intérieur de ces établissements", ajoute-t-il.

Depuis le début janvier, des agressions d'élèves ont été commises à l'intérieur de différents lycées dans le Val-de-Marne, déclenchant un mouvement de grève des enseignants qui demandent plus de personnels de surveillance.

Lundi, un élève a été blessé à coups de cutter par plusieurs personnes qui se sont introduites à l'intérieur d'un gymnase attenant au lycée Guillaume-Apollinaire de Thiais. A Vitry-sur-Seine, un élève du lycée Adolphe-Chérioux avait été agressé au couteau début février. [...]

"Les jeunes pénètrent à l'intérieur de l'établissement pour régler leurs comptes. Mais ce n'est pas l'école qui est en cause", souligne Didier Lapeyronnie.

Le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, a cependant annoncé mardi l'organisation en avril d'"états généraux de la sécurité à l'école".

Peut-on expliquer le comportement des auteurs de ces violences par un rejet de l'école?

"L'école peut-être est une source de frustration", répond Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

"Quand on est mauvais à l'école et que l'école est obligatoire, on est mauvais 6 heures par jour et cette frustration favorise la violence", explique-t-il.

Mais c'est aussi la violence de la société qui rentre à l'école: "la démocratisation imparfaite de l'école depuis trente ans a favorisé le fait que les comportements de tous rentrent dans l'école", fait-il remarquer.

 

D'autant que le monde de l'école et le monde social, qui étaient autrefois relativement étanches, se sont "décloisonnés", souligne Smaïn Laacher, chercheur à l'Ecole des hautes études en science sociales (EHESS).

"Les établissements à recrutement populaire sont probablement les plus perméables aux violences sociales parce qu'il n'y a pas vraiment eu de travail de domestication des pulsions de violence dans les familles", explique-t-il.

Du coup, la violence devient "un comportement ordinaire. Le mode de règlement des litiges est un mode violent", ajoute le chercheur.

Les adolescents peuvent également s'en prendre directement à l'établissement scolaire, même si cela n'a pas été le cas dans les récentes agressions.

"Ils perçoivent tellement bien l'intérêt de l'école qu'ils en veulent terriblement à l'école, parce qu'elle les destine pour un grand nombre à des boulots déqualifiés, au chômage, à la précarité", souligne M. Laacher.

Certains facteurs internes peuvent également générer des situations dégradées.

"Parfois, il y a une faible implication des équipes pédagogiques, avec des enseignants envoyés dans des académies difficiles (Créteil par exemple) qui ne sont pas préparés, et pas de projet d'établissement", estime Bernard Toulemonde, ancien inspecteur général.

APF le 16 /02/2010 http://actu.orange.fr/documents/education-violence-social-societe

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