Les violences entre élèves empoisonnent l'école

 

Ces conduites agressives représentent un tiers des faits graves commis en milieu scolaire.

Enfants réputés «intello», «chétif», «timide», d'une «origine sociale» ou d'un «quartier» différents : tels sont les profils types des victimes des violences à l'école. Dans les pays anglo-saxons, le schoolbullying se définit comme une conduite agressive d'un ou de plusieurs élèves envers un autre. Au programme, brimades, moqueries, intimidations, rejet, violences physiques, racket.

Les adultes préfèrent le plus souvent ne pas se mêler des conflits entre élèves tant qu'ils ne semblent pas sérieux. Mais loin d'être considérée comme anodins, ces conflits sont dénoncés comme de la violence par les élèves eux-mêmes, des bagarres de cour de récréation en primaire aux agressions verbales en collège. Une enquête de la sociologue Cécile Carra, publiée en 2009 et menée auprès de 2 000 enfants de sept à douze ans dans 31 écoles du nord de la France, est à cet égard significative. Plus de 40 % des enfants affirment avoir été victimes de violences une fois dans l'année, quand 28 % des élèves déclarent avoir été auteurs de violences. Cette expérience scolaire des enfants «marquée par le sentiment de vivre des situations de violences est largement sous-estimée par les adultes», considère l'étude. Pour les enfants interrogés, «les maîtres s'en fichent tout le temps, ils disent que ça passera avec le temps et qu'après on sera amis, ce qui nous est jamais arrivé».

Autorité au sein de la classe

Certes, les bagarres participent de la sociabilité enfantine, la confrontation constituant un moyen de se faire reconnaître ou respecter. Mais pour Cécile Carra, les élèves sont «sans doute plus sensibles» à ces formes de violences «dans une société et une école qui rejettent toute violence». Ce qu'il en reste devient donc «insupportable», explique-t-elle. Coups, insultes et blessures arrivent en tête des déclarations de ces enfants dans les écoles défavorisées. Dans les autres établissements, les violences sont surtout verbales et les bagarres se font moins fréquentes. La violence y est plus « sournoise », «moins frontale», estime Servane Muller, une enseignante de biologie strasbourgeoise qui a fréquenté un collège de ZEP avant d'atterrir dans un collège «de centre-ville». Cette année, ses élèves s'en prennent à une fillette handicapée mentale légère. Ils la surnomment «chou-fleur», lui lancent du sucre sur la tête et glissent des petits-suisses sous ses fesses. Convoqués, les parents des jeunes sadiques «n'ont rien voulu entendre», outrés des accusations portées.

Parmi les faits graves relevés chaque année par le logiciel de l'Éducation nationale «Sivis», plus de 30 % relèvent de violences entre élèves, principalement des agressions physiques alors que 40 % des incidents sont des agressions verbales d'élèves envers le personnel de l'établissement. Cette importante proportion d'actes commis envers les adultes provient du mode de recensement de la violence : «Alors qu'un acte impliquant un élève n'est enregistré que si certaines conditions sont remplies, un incident impliquant un personnel de l'établissement est systématiquement retenu», précise le service des statistiques du ministère. En clair, on se préoccupe essentiellement de la violence entre élèves lorsqu'elle aboutit à l'infirmerie. Les enseignants qualifient surtout de violentes les situations qui mettent en cause leur autorité au sein de la classe ou face aux parents d'élèves.

La violence entre élèves est en revanche souvent minimisée par des adultes pour qui «les relations conflictuelles sont normales» et qui ont eux-mêmes vécu des brimades dans leur enfance. Il est donc difficile de cerner l'évolution de ce phénomène «vieux comme l'école».

«Effet d'entraînement»

La violence entre élèves serait-elle en augmentation ? Aucune statistique ne tend à le démontrer. Les élèves et leurs enseignants évoquent essentiellement de petites violences répétées qui rendent difficile l'enseignement et entravent le fonctionnement des établissements.

Pour le chercheur Éric Debarbieux, organisateur des États généraux de la violence à l'école, c'est surtout la nature de la violence entre élèves qui évolue. Elle serait «plus collective, plus sociale». Les enquêtes montrent que le pourcentage d'enfants qui se disaient rackettés en 2007 est le même que celui des années 1990 : environ 6 %. Mais alors qu'ils étaient brutalisés ou rackettés par un ou deux élèves, ils le sont aujourd'hui par sept ou huit. Les petites bandes ont le vent en poupe. «L'effet d'entraînement par le groupe joue à plein, observe-t-il, ce ne sont pas forcément des actes graves, mais leurs effets peuvent être dramatiques. Un élève victime à répétition d'insultes ou d'agressions risque quatre fois plus de faire une tentative de suicide.»

Source : www.lefigaro.fr

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