L’heure de la sieste

La sieste, un truc de paresseux ? Faux ! Faire un petit somme à la mi-journée, c’est désormais branché et vivement conseillé…

Vous rêvez d’être tendance ? Dormez ! Fini le temps où les adeptes de la méridienne se voyaient reprocher leur coupable indolence. Piquer un roupillon après le déjeuner, c’est désormais un gage de dynamisme et de vitalité. Véritable art de vivre dans les pays chauds, la sieste part aujourd’hui à la conquête du Nord. Et les données seraient même en passe de s’inverser ! Ainsi, en Europe, 22 % des Allemands affirment pratiquer régulièrement un petit somme dans la journée, tandis que les jeunes Espagnols sont de plus en plus nombreux à rompre avec la sacro-sainte siesta de leurs parents. En France, selon une enquête publiée en mai 2004 par le Journal du Management, près 10 % des travailleurs profiteraient de la pause déjeuner pour faire une sieste ou se détendre un peu.

Mais la nouveauté, c’est que les jeunes convertis sont désormais prêts à payer pour pouvoir roupiller en paix ! La méridienne, jadis synonyme de paresse et de flemme, a donné naissance à un concept marketing : l’art de la sieste aménagée. A Francfort, le cinéma CineStar Metropolis a ainsi trouvé le moyen de proposer des séances… sans film ! Chaque jour, à l’heure du déjeuner, il ouvre ses salles obscures pour des pauses sommeil d’une vingtaine de minutes. A 3,5 euros, la formule rencontre un franc succès et devrait bientôt s’étendre à Bonn et à Berlin. A Paris, plusieurs instituts de massages invitent également les citadins stressés à venir se prélasser sur fond de musique zen dans des cabines équipées de tatamis. La vague de somnolence a même conquis New York, « la ville qui ne dort jamais ». Depuis mai 2004, la société Metronaps, installée au 24e étage de l’Empire State Building, propose une salle de sieste, munie de huit « pods », sortes de fauteuils-capsule au design futuriste, dans lesquels il est possible, pour 14 $, de s’allonger une demi-heure durant. Réveillé en douceur par les vibrations du siège, le visiteur est ensuite conduit vers la station de réveil, où l’attendent serviettes rafraîchissantes, eau de Cologne et pastilles à la menthe !

Métro, boulot… dodo !

Comment expliquer ce grand retour de flemme ? Pour Bruno Comby, polytechnicien et auteur de L’Eloge de la sieste, le phénomène est lié avant tout à un désir d’être plus à l’écoute de soi-même : « Ancien chasseur-cueilleur vivant en harmonie avec la nature, l’homme moderne s’est coupé de ses rythmes biologiques fondamentaux. On assiste aujourd’hui à un retour aux sources qui se manifeste par un besoin de respecter son corps, en mangeant mieux et en se reposant quand on est fatigué plutôt que de prendre des médicaments et du café. » Mais ce n’est pas tout. Car si la sieste suscite aujourd’hui l’engouement, c’est aussi parce qu’elle est désormais rentable et productive. Selon différentes études scientifiques, elle améliorerait les facultés de concentration, de mémorisation, rendrait plus créatif et de meilleure humeur pour tout le reste de la journée ! Pratiquée régulièrement, elle permettrait même de gagner du temps, en économisant une à deux heures de sommeil par nuit. De quoi finir de convaincre les cadres dynamiques, de plus en plus nombreux à céder à l’appel du « power nap », selon le terme inventé par des chercheurs de Harvard.

Véritable outil de management dans certains pays comme au Japon, où les grandes sociétés mettent des salles de repos à disposition de leurs employés et où personne ne s’offusque de voir un collaborateur piquer du nez en plein milieu d’une réunion, la sieste retient désormais l’attention des patrons. A l’image de la mairie de Vechta en Allemagne, qui a instauré une pause sommeil de vingt minutes chaque jour, certaines administrations et entreprises européennes commencent à s’inspirer de l’exemple nippon. En France, la question de la sieste du salarié reste une question taboue. Néanmoins, Bruno Comby constate une évolution des mentalités. « Il y a aujourd’hui une réflexion qui n’existait pas il y a 10 ans. On a été très loin dans l’obligation de travailler toujours plus. Jusqu’à présent, le remède miracle était la machine à café. Cela ne suffit plus. Les chefs d’entreprise prennent conscience que, pour assurer l’efficacité de leurs employés, ils doivent trouver des solutions plus respectueuses de l’individu. » Dans certaines entreprises, comme chez BETC, filiale de l’agence de pub Euro RSCG, des chaises longues ont fait leur apparition parmi le mobilier de bureau. Ailleurs, des masseurs sont invités pour des séances de shiatsu et de relaxation. Pas encore de vraies salles de repos, mais tout de même quelques initiatives. Alors, en attendant de pouvoir se glisser sous la couette au bureau, on peut toujours se procurer le tabouret Téo 2 à 3 de Matali Crasset, qui se déplie en douce pour se transformer en matelas avec panneau « not disturb » intégré. Ou encore signer la cyber-pétition (sur www.comby.org) en faveur d’une reconnaissance de la sieste comme « un droit fondamental de tout être humain ». Siesteurs de tous pays, levez-vous !

A chacun sa sieste

La flash… D’une durée inférieure à cinq minutes, la micro sieste permet d’évacuer le stress et de récupérer en très peu de temps. Elle peut se faire n’importe où et n’importe quand. Avec un peu d’entraînement, il est même possible de la pratiquer… debout !

La relax…Une vingtaine de minutes, c’est le temps idéal pour recharger les batteries, sans sombrer pour autant dans un sommeil profond.

La royale… Plus d’une demi-heure, c’est la sieste des vacances, du farniente, et des longs après-midi d’été.

 

A lire

L’Eloge de la sieste, de Bruno Comby, aux éditions J’ai Lu.

 

Source : www.comby.org

 

 

 

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