L'Internet et le tam-tam africain.

L'Internet et le tam-tam africain.
 

Des intellectuels africains soulignent que le langage électronique correspond beaucoup mieux aux cultures africaines que l'imprimé, voire l'écrit. Certes, parce qu'il peut être multisensoriel, mais aussi parce que sa base binaire 1 ou 0 et ses protocoles d'identification et d'authentification sont très semblables à ceux du tam-tam tribal. Ainsi, avant de transmettre avec les tambours un message à distance, d'un village à un autre, en Afrique, on annonce qu'un message va être émis; on recourt à un rythme qui constitue une authentification de l'émetteur, très comparable à une signature électronique. Et on utilise un langage bruitiste, exploitant les alternances de son (1) et de silence (0) et leur rythme, selon une structure très semblable au langage binaire de l'ordinateur, et qui n'a évidemment rien à voir avec le langage phonétique.

On notera d'ailleurs que le langage électronique permet de développer des logiciels de communication pour les handicapés visuels avec des dispositifs tactiles et que la synthèse vocale est appelée à se généraliser rapidement. On parle alors de communication dynamique, par opposition à la linéarité de l'imprimé.

Dans les société traditionnelles, la communication était multisensorielle et elle s'inscrivait dans des rites sociaux collectifs. Elle n'était pas un outil de discrimination sociale, comme a pu l'être le texte écrit, le livre et donc l'institution scolaire. Le multimédia contemporain rétablit, à travers les mass media, comme à travers les self media (selon la distinction établie par René Berger, avant même qu'il ait entendu parler de l'Internet), une communication collective intégratrice, qui tend à traverser les clivages culturels, et à instituer une culture populaire commune de classe moyenne dominante.

L'écrit et l'imprimé séparaient les individus et les groupes sociaux, les nouveaux médias électroniques les réintègrent, souvent malgré eux. Certes, ce serait succomber au mythe de la communication, que de croire que ces nouvelles technologies vont instituer une société planétaire harmonieuse, transparente, sans différences de classe, égalitaire, pacifique, etc. La communication de tradition orale et multisensorielle a servi des systèmes de castes, et des féodalismes redoutables dans le passé. Les rituels d'initiation y jouaient le même rôle de sélection sociale que la discrimination scolaire dans nos sociétés contemporaines. Mais la tendance à rétablir la communication comme un ensemble de rituels collectifs est bien là, et les dispositifs d'interactivité que proposent des artistes, la télévision, l'Internet ou des bornes publiques d'information avec écrans tactiles y contribuent.

 

D'après Hervé Fisher

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