Face à l’anglais

Pour ne pas subir,

il faut agir!


Créer des produits, c’est prendre l’initiative; créer les mots qui désignent ces produits, c’est imposer une manière de vivre.

Trop souvent, nous nous contentons d’adopter le mot étranger plutôt que de créer un équivalent en français.Quand un Américain dit: «I bought a teeshirt and a short...» ça sonne pour lui très exactement comme si nous disions: «J’ai acheté une chemise T et un court.» A aucun moment, ce que l’Américain dit ne sonne pour lui étranger ou exotique. Le débardeur, ce maillot de corps si franchouillard, a bien trouvé une appellation proprement française, le marcel. Pourquoi ne pas en trouver pour tee-shirt et short? Pas de passéisme, pas de fermeture obsessionnelle: il y a des apports heureux. Du verbe anglais to mix, on a fait en français mixer et mixeur, à côté de mélanger et mélangeur. C’est heureux et ça rappelle le mot mixte. Mais la paresse et le suivisme confinent parfois au snobisme ou au ridicule.

Helsana s’associe à la Fédération suisse d’athlétisme et à Markus Ryffel, ancienne gloire helvétique, pour créer des  swiss running walking trails. On vous initiera aux walking/nordic walking et running. Je veux bien qu’on m’apprenne à marcher et à courir comme un Norvégien, mais pourquoi ces méthodes ont-elles, ici, des noms glais? N’oubliez pas vos sticks, parce que le nordic walking, ça consiste à marcher très vite, avec des bâtons de ski! Dit en français, évidemment, ça fait un peu ringard. Notez qu’Helsana prend la peine d’annoncer ces cours dans les trois langues officielles suisses...

En tennis, les commentateurs de télévision comptent les aces. Curieux retour des choses: le tennis, ce sont des mots français anglicisés. Un ace, c’était un as, comme l’as de cœur aux cartes. Les Allemands disent d’ailleurs: «Was für ein Ass!» Deuce, c’est simplement le mot français deux,Pour ne pas subir, il faut agir! www.francophonie.ch Créer des produits, c’est prendre l’initiative; créer les mots qui désignent ces produits,c’est imposer une manière de vivre. Face à l’anglais Association suisse des journalistes de langue française Alouette Balayons devant notre porte prononcé «diousse». Il signifie que les deux joueurs sont à égalité... A Roland Garros, le filet l’emporte désormais sur let qui n’était autre que la finale du mot français! En tennis ou en golf, quand un Anglais a gagné un tournoi ouvert aux pros et aux amateurs, il dit «I won the open!» Et ça sonne pour lui très exactement – j’insiste – comme: «J’ai gagné l’ouvert!» Pourquoi les mots français nous paraissent-ils étranges alors que les mots étrangers nous sont familiers? Parce que nous n’avons pas su inventer une expression comme proam? On aurait l’Open de Wimbledon et le Proam de Paris... (Proam ou autre chose: faites marcher votre imagination.) Paresse ou snobisme: même quand les mots existent en français, nous les négligeons. Un template, c’est un patron, un calibre, un gabarit, une matrice. Un driver, c’est un conducteur, un pilote. Les adeptes de la scientologie confrontent souvent. To confront, c’est tout simplement affronter. Imposer son langage, c’est imposer sa vision du monde.

Grande est la responsabilité de la presse et plus encore celle des agences de presse francophones. Pas seulement face à l’anglais. L’AFP et l’ATS ne prennent pas la peine d’écrire les noms étrangers comme on devrait les prononcer en français pour être proches de l’original. On écrit Kusturica ce qui se prononce Koustouritsa. On a dit Krouchtchèv au lieu de Krouchtchiof. Ecrirait-on aujourd’hui Lenin et Bulganin ? Il y a des exceptions. Poutine a été francisé. On n’a pas simplement écrit Putin. Je me demande bien pourquoi.

 

Francis Luisier

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