Un petit texte difficile

                    Bonjour Monsieur Zola,

Ma prof de français m'a dicté un passage d'un de vos livres, La curée. Celui-ci contient une foule d'adjectifs composés de couleurs et d'autres difficultés. Par exemple: atelage bai et jaune paillasse. J'ai écrit atelage baie (en pensant à une baie) et jaune-paillasse. Ai-je vraiment mal orthographié?

Pourriez-vous me transmettre un petit texte difficile que je pourrais lui dicter? Une sorte de petit piège.

Merci pour votre réponse.

Avec mes cordiales salutations,

J.C. Lebas

 


                    Bonjour jeune homme,

Votre «prof de français» vous a fait une dictée? Ce mot «prof» qui sonne comme une onomatopée est l'abréviation de «professeur», n'est-ce pas? Je vous recommande d'abandonner cette abréviation.

En ce qui concerne votre dictée, je vous confirme que c'est bien «un attelage bai» qu'il fallait écrire. En effet, la couleur «bai» n'a rien en commun avec les fruits des haies (les baies), mais vient du mot latin «badius» qui signifie «brun». Retenez simplement qu'un cheval bai est un cheval à la robe brune. En revanche, vous avez correctement orthographié «jaune» et «paillasse». Hélas, vous avez relié les deux mots par un trait d'union qui n'a pas lieu de se trouver là. Il convenait d'écrire «jaune paillasse» de la même façon que vous eussiez écrit «bleu ciel»: sans trait d'union. Mais la lettre que vous m'adressez est -elle aussi- parsemée de fautes. Permettez-moi de les corriger.

«...m'a dicté un passage d'un de vos livres.» 

«J'ai écrit atelage baie (en pensant à une baie) et jaune-paillasse. Ai-je vraiement mal orthographié?» 

Vous avez tendance à affubler systématiquement d'un «e» toutes les syllabes en «ai». Ainsi vous écrivez «un attelage baie» là où il faudrait écrire «bai», et «vraiement» alors qu'il fallait noter «vraiment». Un peu plus d'attention devrait vous permettre de corriger facilement ce travers. 

«Pouriez-vous me transmettre un petit texte difficile que je pourais lui dicter?» 

Je le pourrais si je le voulais. Notez que «pourrais» s'écrit avec deux «r». 

Permettez-moi cette dernière recommandation, mon cher Jean-Claude: au lieu d'une «sorte de petit piège», offrez plutôt à votre professeur de Français un bouquet de fleurs. Vous trouverez dans «La Curée» de quoi faire son bonheur: 

«Au milieu, dans un bassin ovale, au ras du sol, vivait, de la vie mystérieuse et glauque des plantes d’eau, toute la flore aquatique des pays du soleil. Des Cyclanthus, dressant leurs panaches verts, entouraient, d’une ceinture monumentale, le jet d’eau, qui ressemblait au chapiteau tronqué de quelque colonne cyclopéenne. Puis, aux deux bouts, de grands Tornélias élevaient leurs broussailles étranges au-dessus du bassin, leurs bois secs, dénudés, tordus comme des serpents malades, et laissant tomber des racines aériennes, semblables à des filets de pêcheur pendus au grand air. Près du bord, un Pandanus de Java épanouissait sa gerbe de feuilles verdâtres, striées de blanc...» 

Persévérez, Jean-Claude! Persévérez!

Bien à vous,

Emile Zola

Commentaires (1)

Eva

merci pour votre réponse

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