Le confort

Texte
Tout est orienté pour nous pousser à être attentifs au confort sous toutes ses formes. Le matelas sur lequel on dort mieux, la brosse à dents avec dentifrice incorporé, la mousse à raser qui économise un effort, des gestes, des minutes d'un temps prétendu précieux, et laisse une impression de satisfaction détendue, sans oublier les gadgets, plus fondamentaux comme les cars climatisés, les trains corail, les machines à laver aux vingt programmes, tout est destiné à notre satisfaction. Tout va dans le sens du moindre effort. Est-ce bon ou est-ce mauvais ?
Il n'est certainement pas mauvais, pour écrire, préparer un dossier technique, méditer sur les problèmes économiques ou politiques, de disposer de conditions matérielles favorables. Il est bon pour un ingénieur, un avocat, un employé fatigué de sa journée, de pouvoir se reposer dans un bon fauteuil, de dormir au calme sur un matelas de rêve. Pour être au mieux de sa forme, un minimum de confort est utile. Les franciscains l'ont bien compris, eux qui ont peu à peu renoncé à leur mode de vie ascétique pour améliorer leur activité intellectuelle et missionnaire.
Mais si la pensée du confort, entretenue à coups de slogans publicitaires, devient une fin en soi, alors c'est un élément de décadence. Je suis persuadé d'ailleurs que beaucoup de jeunes le savent ou le pressentent, d'où leur inquiétude devant l'évolution de notre monde. Leur attitude de rejet n'est pas entièrement négative. Elle s'accompagne de la découverte de valeurs nouvelles d'une grande importance. Les contraintes que l'on refuse lorsqu'elles apparaissent liée au « système » ou même aux traditions, on les accepte entre soi pour venir en aide aux camarades dans la peine ou dans le besoin ou encore pour cause que l'on juge attachante et pour laquelle on acceptera de lutter.
Car le confort brise les amorces de la solidarité, crée des égoïsmes redoutables et stérilisants. Il amollit, ronge le caractère, détruit l'idéal. Et un pays qui n'a plus un grand idéal est condamné. Or, quel est celui pour lequel nous accepterions aujourd'hui des sacrifices ?


Louis Leprince-ringuet

 

Commentaires (1)

Jean-Pierre Rollinet
  • 1. Jean-Pierre Rollinet (site web) | 21/03/2011

Bonjour,
Je suis prof de français et je recherche des textes.
Merci si je puis puiser.

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