Polémique : Qui a tué le cours de gymnastique ?

Vincent Rousseau se souvient dans quel contexte il a découvert la course à pied. A l’école ! Ensuite, il pose la question dérangeante : qui a tué le cours de gymnastique ?

Je ne suis pas né dans un milieu qui me prédestinait à faire une carrière d’athlète. Chez moi, c’est bien simple, personne ne faisait de sport. J’ai découvert cela tout à fait par hasard au cours de mes premières années de secondaire au Collège-Abbaye de Bonne Espérance à Estinnes, près de Binche. Nous n’avions que deux heures de sport par semaine. Mais la matière était prise très au sérieux. A la fin de l’année, tous les élèves devaient effectuer une sorte de décathlon et nous étions cotés pour chaque discipline comme pour les autres matières. En plus de cela, les résultats de toutes les épreuves étaient affichés aux murs de l’école. Super motivant ! Les plus doués étaient ensuite retenus pour les compétitions interscolaires. Toute cette organisation exigeait évidemment beaucoup de travail de la part des professeurs. Il fallait préparer les épreuves, retranscrire les résultats, organiser les déplacements. Mais cela valait le coup.

Ma passion pour l’athlétisme date de cette époque. Et je n’étais pas le seul. Nous étions tout un groupe à nous entraîner sérieusement dans l’espoir d’améliorer nos chronos. Voilà l’origine de ma vocation.

D’une certaine manière, je regrette de ne pas avoir assez souvent en cours de carrière témoigné de ma reconnaissance envers ce système. A l’âge adulte, on oublie parfois de dire l’influence que certains professeurs du primaire ou du secondaire ont exercée sur chacun de nous. Plus tard, je suis passé au Collège de Soignies où je bénéficiais d’encore plus de facilités pour m’entraîner sérieusement. Comparativement, le sport était traité là-bas avec moins de rigueur. Les cours de gymnastique étaient considérés comme une sous-matière et il semble bien que cette tendance se soit accentuée aujourd’hui dans tous les établissements. On hésiterait presque à imposer encore un effort physique aux jeunes. On rechigne aussi à organiser des concours par crainte d’exciter les rivalités et les frustrations, sans comprendre que la compétition elle-même constitue souvent un excellent moteur. La victoire est source de motivation. La défaite nous apprend à relativiser. A mon avis, les options pédagogiques qui consistent à bannir toute rivalité contribuent bien souvent à exacerber les comportements que l’on voulait combattre. Et puis, on est rarement mauvais en tout ! L’athlétisme possède ceci de formidable, c’est que quasiment tout le monde peut y trouver le moyen de s’exprimer. Certains courent vite, d’autres courent longtemps. Les plus costauds feront de bons lanceurs. Les plus coordonnés brilleront dans les épreuves de saut. Je me dis qu’il est urgent de renouer avec une formation sportive qui n’hésiterait pas à poser des exigences de résultats comme c’est le cas pour les autres matières scolaires et, de la même façon qu’on ouvre l’école vers la société, multiplier les passerelles vers les clubs sportifs qui souffrent souvent de désaffection. Cela pourrait se réaliser très simplement en instaurant notamment un meilleur partage des infrastructures scolaires en dehors des heures de cours.

Bien sûr, il faudrait aussi augmenter le nombre d’heures consacrées à l’éducation physique à l’école. Et là, il ne s’agit pas seulement de santé, mais d’éducation. Le sport porte en lui une série de valeurs civiques comme le respect de l’adversaire, de l’arbitre, des règles. Cela mérite d’être inculqué aux enfants en espérant qu’ils conservent ces acquis en devenant adultes à leur tour. On peut espérer alors le recul des comportements parfois détestables des parents aux abords des terrains.

J’insiste donc pour que l’on reconnaisse son importance au cours de gymnastique et pour que ceux qui en ont la charge ne cèdent pas à la facilité ou au découragement. Lorsqu’un professeur de gym s’absente une semaine, ce sont souvent plusieurs dizaines d’enfants que l’on condamne à l’immobilité. Au fil des démissions, nombre d’entre eux se retrouveront pris au piège de la sédentarité et le seul effort qu’ils consentiront encore sera de bouger leurs pouces sur leur console de jeu. Car il existe un vrai danger d’abrutissement électronique. Voilà pour les enjeux ! Et je ne suis pas sûr qu’on se donne toutes les chances en abandonnant l’idée de compétition. C’est comme cela que j’ai appris à aimer le sport. En rédigeant cette lettre, je pense à tous ceux qui se trouvent en ce moment sur les bancs de l’école et qui ne rencontreront peut-être pas les mêmes conditions d’épanouissement.

Vincent Rousseau

extrait de la revue Zatopek n°2, avril-mai-juin 2007, pp.60-61

 

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