J'ai choisi la terre

(Bien que Parisien, Claude Michelet a repris à sa sortie de l’Ecole d’Agriculture, en 1960, une exploitation agricole désaffectée en Corrèze.)  

 
« Les jeunes quittent la terre, nul ne peut les forcer à y rester. S’il est un métier qui ne se plie pas aux dictats c’est bien celui-là. On peut, avec un peu de patience, faire de n’importe quel agriculteur un ouvrier qualifié ; il s’habituera aux gestes, aux impératifs de son nouvel emploi et, même s’il s’ennuie à sa tâche, son travail et son  rendement en seront peu influencés. Je ne crois pas qu’un ouvrier à la chaîne adore son métier, pourtant les voitures roulent. 
Rien de comparable avec l’agriculture ; celle-ci ne peut être servie que de bon gré, une certaine passion lui est nécessaire. La technique ne lui suffit pas, elle exige aussi de l’amour et de l’instinct.
Il fut un temps où, en contrepartie, elle assurait le pain quotidien et même un peu plus. Aujourd’hui, elle est chiche, et certains, qui étaient prêts à l’aimer, se mettent à la détester avec toute la violence des amoureux trahis. Plongé dans une société et un système qui poussent à la consommation effrénée, l’agriculteur, dont les moyens financiers sont restreints, se sent frustré. Il ne peut acquérir ce qu’on lui propose, ce qu’on lui impose à longueur de journée.
Pendant longtemps il se fit une raison ; même lorsqu’il était conscient de la disproportion flagrante qui existait entre son travail et son salaire, il se consolait tant bien que mal.
Mais depuis quelques années, on lui parle de loisirs, de vacances, de week-ends, de lecture et de spectacles, de confort ménager, de tout ce bagage propre à l’évolution du niveau de vie. Comment ne se sentirait-il pas brimé ?
J’ai, quant à moi, choisi. Je sais qu’on ne peut jouir de tout à la fois. Nous avons ma femme et moi, pesé les avantages et les inconvénients de notre vie ici. Nous partageons une idée de la qualité de la vie et c’est ici qu’elle se concrétise le mieux. »

D’après Claude MICHELET, J’ai choisi la terre

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