Pourquoi contrer la téléviolence

Proposition de notre ami Kouka

La télévision violente permet-elle de se défouler?
Certains prétendent que la violence télévisée permettrait aux jeunes de se défouler et diminuerait dès lors la violence physique. Cette hypothèse, issue de la fameuse théorie de la « catharsis » associé au théâtre de la Grèce antique, a été énoncée au début des années 1960. Depuis 40 ans, aucune étude scientifique n'est venue corroborer cette hypothèse, alors que des centaines d'études ont démontré le contraire.Cela dit, si la violence télévisée avait pour effet de diminuer la violence physique, il faudrait s'attendre à ce que les États-Unis soient le pays où les jeunes sont les moins violents. C'est en effet ce pays qui consomme le plus de télévision violente. Or, c'est tout le contraire. Les États-Unis sont le pays industrialisé qui affiche le plus haut taux de violence. Toute proportion gardée, il se commet trois fois plus de meurtres aux États-Unis qu'au Canada.
Limiter la violence, n'est-ce pas une forme de censure ?
Réglementer la téléviolence ne nie en rien la liberté artistique des créateurs. On ne remet pas en cause la liberté de déplacement lorsqu'on oblige les transporteurs de matières dangereuses à éviter certains tunnels ou à réduire la vitesse dans une zone scolaire. On protège le public. C'est au gouvernement qu'incombe la responsabilité de réglementer les heures de diffusion des émissions violentes afin d'en protéger nos jeunes enfants. Il ne peut laisser cette responsabilité aux seuls parents qui devraient alors passer leur temps à côté de leurs enfants. La circulation sur la voie publique requiert des règles axées d'abord et avant tout sur la protection des enfants. Lorsque l'artisan se voit imposer des règles quant à la distance des barreaux de lits pour bébés, qui oserait prétendre qu'on nie sa liberté artistique? Qui oserait déclarer : « C'est aux parents de surveiller leur enfant »? Entre la liberté des télédiffuseurs et la sécurité des enfants, les seconds devraient avoir priorité. Or, présentement, ce n'est pas le cas. Les télédiffuseurs refusent d'assumer cette priorité. En cas de comportement irresponsable d'une industrie qui utilise la violence comme ingrédient de marketing, le gouvernement doit protéger les citoyens les plus vulnérables, LES ENFANTS, contre les abus. Les télédiffuseurs ont l'obligation de contribuer à la santé et à la sécurité des enfants. C'est une responsabilité partagée entre parents et télédiffuseurs, une responsabilité à laquelle l'école peut contribuer. Que sommes-nous en train de faire à nos enfants quand nous les inondons littéralement d'émissions violentes à l'heure où ils regardent la télévision ?

 

Source : Lurçat, Liliane (1996); « L'humanité » du dimanche 5 janvier 1997

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