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Scène 3

La lumière du soleil passe à travers les feuilles. Maude soixante-dix ans a rencontré Harold, dix-huit ans. Ils achèvent de planter le petit arbre. Maude tasse la terre du tronc et se redresse.


MAUDE. - Voilà. Il sera très heureux ici.
HAROLD. - C'est de la bonne terre.
MAUDE.- J'aime le contact de la terre, et son odeur. Pas vous?
HAROLD. - Je ne sais pas.
MAUDE. - Quelle merveille, toute cette vie autour de nous ! Rien que des êtres vivants. […]
MAUDE. - Adieu, petit arbre. Pousse, verdis et meurs pour nourrir la terre. Venez ! je veux vous montrer quelque chose.
(Ils s’avancent et s'arrêtent auprès d'un grand arbre). Qu'est-ce que vous en dites de cet arbre ?
HAROLD. - Il est grand.
MAUDE, - Attendez d'être en haut.
HAROLD. - Vous n'allez pas grimper ?
MAUDE. - Et pourquoi non ? Je le fais à chaque fois que je viens ici. Venez. C'est un arbre sans difficulté. (Elle commence à grimper)
HAROLD. - Et si vous tombez ?
MAUDE. - Spéculations hautement improbable, de toute façon stérile, (Elle regarde d'en haut.) Vous venez ou je vous décris le panorama ?
HAROLD. (Avec un soupir). - D'accord, d'accord. Je viens. (Il commence son escalade).
MAUDE. - Pas mal. Il y a de l'idée. Vous ne le regretterez pas .Du sommet, la vue est magnifique.
HAROLD. - J'espère.
(Maude atteint le sommet et s’installe sur une grosse branche.)
MAUDE. - Sublime. Regardez, là il y a un escalier tout fait pour vous. Allons, un petit effort. (Harold à son tour parvient au sommet et s’assied auprès de Maude en s’agrippant fermement au tronc).

MAUDE. -Vivifiant, non ?
NAROLD. - Oui, c'est... c'est haut
MAUDE. - J'aurais dû monter mon sac. Je pourrais tricoter ici.
HAROLD. - (qui commence à descendre). - Je vais le chercher
MAUDE. - Merci, Harold. Rapportez donc le cornet de pistaches. J'ai envie de grignoter quelque chose. Vous avez faim ?
HAROLD. - Un peu.
MAUDE. - Il y a aussi des oranges. Attendez une seconde .Je descends moi aussi.
HAROLD (qui commence à se détendre). - La plupart des gens ne vous ressemblent pas. Ils vivent tout seuls, dans leur château. Comme moi.
MAUDE. - Château, roulotte, chaumière. Chacun vit enfermé mais on peut ouvrir les fenêtres, baisser le pont-levis, partir en visite, découvrir les autres, s'arrêter, voler ! Ah ! C’est si bon de sauter le mur et de dormir à la belle étoile.
Ils sont arrivés en bas. [ ... ]

« LA FORET », Texte de Colin Higgins, Jean-Claude Carrière.

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